5 questions à Dmitry Korchak

Par Antoine Brunetto | lun 01 Septembre 2008 | Imprimer
Le jeune chanteur russe Dmitry Korchak revient au ROF (Rossini Opera Festival) pour la troisième année consécutive avec cette saison le rôle d’Ermanno de L’Equivoco Stravagante. Ténor lyrique au répertoire déjà large, il a répondu à nos questions dans la fraicheur d’une cour ombragée de Pesaro.
Parlez nous tout d’abord de ce rôle d’Ermanno dans l’Equivoco Stravagante
J’ai fait mes débuts à Pesaro il y a deux ans, dans le Stabat Mater dirigé par Alberto Zedda. Après la Pie Voleuse l’année dernière, le maestro m’a demandé de choisir le rôle que je souhaitais interpréter en 2008 : Ermanno dans l’Equivico Stravagante ou Oreste dans Ermione. J’ai choisi le premier pour plusieurs raisons, la principale étant que je ne suis pas un pur spécialiste de Rossini. Le rôle d’Oreste est plus « rossinien » dans son écriture quand la partition d’Ermanno est plus lyrique ; ce n’est pas encore le Rossini que tout le monde connaît, il continue de rechercher sa voie, son style propre mais j’aime cette musique parce qu’elle est fraîche, légère et drôle. Le sujet de l’opéra en lui-même est très « sympa ». Il se rapproche par certains aspects du Barbier de Séville. Ce qui m’intéresse surtout c’est le duel entre les deux jeunes hommes, Ermanno et Buralicchio, pour emporter le cœur de la jolie Ernestina. Evidemment le rival, Buralicchio (NDLR : interprété par Marco Vinco), est riche, beau et célèbre, tandis qu’Ermanno est pauvre... Pour Buralicchio, les biens matériels tels que l’argent sont prépondérants alors que pour Ermanno c’est la beauté de l’âme et du cœur qui priment. La morale de l’œuvre est que l’argent et le pouvoir ne doivent pas faire échec aux vraies valeurs, à la richesse intérieure.
A 28 ans votre répertoire comprend déjà de nombreux rôles, rossiniens, mozartiens, mais aussi Nemorino (que vous avez chanté à Paris), Lenski, Werther, Nadir des Pêcheurs de Perles… N’est-il pas difficile d’aborder en si peu de temps tant d’œuvres et n’y-a-t’il un risque à varier autant les styles ?
Je ne suis pas un ténor spécialisé dans Rossini mais je suis absolument ravi d’avoir été invité ici à Pesaro. Je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait : est-ce que je continuerai à chanter du Rossini dans le futur ? Mais en tout cas ce festival est le meilleur endroit pour l’interpréter. J’y ai découvert comment adapter ma voix et ma technique selon les répertoires. J’apprends chaque saison sept à huit nouveaux rôles, ce qui est beaucoup. Mes compositeurs à la base sont Donizetti, Mozart, Bellini mais je chante aussi des opéras modernes ou des opéras relativement rares, par exemple L'arbore di Diana, une œuvre de Martin y Soler, prochainement en Espagne. Je n’ai pas de problème de langue. Je vais chanter la Veuve Joyeuse à Milan dans sa version originale, c’est-à-dire en allemand. J’ai fais mes débuts en Italie avec un opéra français : les Pêcheurs de Perles mis en scène par Pierluigi Pizzi. C’est une œuvre magnifique ! Je la retrouverai à Paris en décembre 2010 à l’Opéra Comique. Le français n’est pas plus difficile à chanter que le russe qui est pourtant ma langue natale. L’italien est compliqué… en Italie car le public est particulièrement exigeant ! C’est comme chanter l’opéra français en France. C’est pour cela que je tiens à cette production parisienne des Pêcheurs de Perles. J’avais une proposition à l’Opéra Bastille pour la même période, mais je voulais vraiment chanter un opéra en français, en France, à Paris, pour la langue, le style, pour les mêmes raisons qui m’amènent à interpréter Rossini ici à Pesaro… Quant aux différentes écoles de chant, il très difficile de passer de l’une à l’autre mais j’essaie de ne pas tout mélanger : quand je chante du Mozart, je chante du Mozart et rien d’autre. Par ailleurs, quel que soit le rôle, j’essaie toujours de l’interpréter avec ma voix, de ne pas trahir le style mais de ne pas tricher pour autant.
Vous avez dit dans une de vos interviews que vous vous sentiez particulièrement proche du personnage de Werther. Est-ce lié à la musique de Massenet, au personnage ?
J’ai eu la chance d’aborder Werther à Savona cette année avec Anna Caterina Antonacci. C’est mon rôle préféré ! C’était un essai ; je suis un jeune chanteur et Werther est souvent chanté par des ténors qui ont plus de maturité mais le théâtre de Savona est petit ; les conditions étaient donc idéales. Selon moi d’ailleurs, on trahit un peu l’esprit de l’opéra en le confiant à des chanteurs plus âgés car pour Goethe, Werther est un tout jeune homme, comme Lenski dans Oneguin. Le tragique de la situation est justement lié à son jeune âge et à toutes ses passions qu’il ne peut supporter. C’est comme cela que je comprends le personnage et c’est cela que j’essaie de montrer au public : un jeune homme, tel que l’a voulu Goethe, prisonnier de ses passions et qui, comme il ne peut pas les changer et qu’il ne peut pas vivre avec, n’a plus qu’à se donner la mort. J’ai été ravi d’avoir pu partager cette vision avec des gens qui étaient d’accord avec ma lecture, Anna Caterina Antonacci, le chef d’orchestre. C’était un challenge mais ca en valait vraiment le coup !
Avez-vous prévu de rechanter Werther ou avez-vous d’autres projets d’opéra français ?
Oui, j’aimerais aborder Roméo et Juliette, Manon… J’ai dans mes futurs engagements une Favorite de Donizetti en français, un Dom Sebastien à New York, une très belle œuvre ! L’opéra français m’intéresse et c’est un genre qui convient bien à ma voix. Si l’on me propose des projets intéressants, je serai ravi de pouvoir y participer.
Vous avez déjà chanté dans de nombreux pays, de nombreuses salles. Ressentez-vous des différences dans l’accueil, les attentes, les réactions du public ?
Oui il y a de grandes différences. En Russie le public est très chaleureux, c’est très agréable de chanter là-bas ; c’est encore plus vrai si vous êtes un chanteur étranger. Le public italien en revanche, est plus difficile. Il est aussi passionné que le public russe mais la tradition de l’opéra est plus forte. Beaucoup de mélomanes italiens se comportent comme s’ils savaient mieux que vous comment vous devez chanter. Tout cela, mélangé à la passion, entraîne parfois des réactions inattendues ! Chanter en Italie vous maintient en forme ! Vous devez être prêt à tout ! En France, je me suis produit à l’Opéra Bastille, deux fois à Marseille et une fois à Colmar. Le public à chaque fois s’est montré très chaleureux, particulièrement à Paris. Le grand test en France sera les Pêcheurs de perles à l’Opéra Comique. Je verrai si le public m’aime également dans le répertoire français. Je vais m’y préparer au mieux.
Propos recueillis par Christophe Rizoud et Antoine Brunetto
 

 

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