5 questions à Amanda Forsythe

Par Christophe Rizoud | lun 16 Février 2009 | Imprimer
La jeune carrière d’Amanda Forsythe est un conte de fée. Révélée, par hasard ou presque, en 2007 au Rossini Opera Festival, elle y remporte de nouveau un triomphe l’année suivante en Rosalia de l’Equivoquo stravagante et plus encore, en Giulietta d’ I Capuleti e i Montecchi aux côtés du Roméo de Joyce DiDonato lors d’une soirée Malibran d’anthologie. Prochaine étape, Barberine qu’elle interprètera dans quelques jours au Théâtre des Champs Elysées sous la direction de Marc Minkowski. Portrait d’une chanceuse.
 
Vous semblez être née sous une bonne étoile…
 
Oui, c’est vrai ; pour le moment j’ai de la chance. J’ai toujours chanté mais j’ai commencé à m’y mettre sérieusement vers l’âge de 21 ou 22 ans. Auparavant, j’étudiais la biologie sous-marine. Le jour où je me suis retrouvée sous un scaphandre en train de ramasser des sangsues, j’ai réalisé que le métier de scientifique n’était pas pour moi, qu’il me fallait un job plus glamour. Je suis entrée au conservatoire de Boston et me suis spécialisée dans le chant baroque : Bach, Haendel… En 2007, mon mari, qui avait envie de passer des vacances en Italie, m’a suggéré d’envoyer un CD à l’Accademia Rossiniana de Pesaro. Je n’étais même pas au courant du programme. Ma candidature a été retenue. L’expérience s’est révélée difficile car particulièrement intense avec des étudiants d’un niveau très élevé. J’ai été choisie pour interpréter Corinne dans la représentation du Viaggio qui conclut la session car c’était le personnage qui correspondait le mieux à ma voix, trop légère sinon pour la plupart des rôles rossiniens. Mon interprétation a été appréciée et le Maestro Zedda m’a proposé de revenir en 2008 pour chanter Rosalia dans L’Equivoco stravagante. Entre temps, quand Sandrine Piau a annulé sa participation en Dalinda pour Ariodante à Genève, un agent allemand qui m’avait entendue à Pesaro a proposé mon nom. J’ai passé l’audition avec succès et c’est ainsi que j’ai rencontré Joyce Didonato (NDLR : elle interprétait le rôle d’Ariodante). Nous avons eu un bon contact et elle m’a demandé de lui donner la réplique dans le concert en l’hommage à Maria Malibran. Autant dire que j’ai immédiatement accepté !
 
Est-elle l’un de vos modèles ?
 
Elle est ahurissante. Je pense qu’elle est tout simplement l’une des plus grandes chanteuses à l’heure actuelle. Elle a tout ! Vous l’avez bien vu l’autre soir (NDLR : le fameux concert en hommage à Malibran dans lequel Amanda Forsythe lui donnait la réplique). Elle sait immédiatement créer le contact avec le public ; c’est pour cela qu’il l’aime. Et elle a dans le privé la même générosité. Oui, c’est l’un de mes modèles, pour sa personnalité, pour son chant et aussi pour la manière dont elle conduit sa carrière. J’admire également les chanteuses qui ont débuté dans le baroque pour ensuite élargir leur répertoire car c’est également ce que je veux faire : Sandrine Piau, Patricia Petitbon. J’ai enfin beaucoup d’admiration pour certaines cantatrices américaines : Sylvia Mc Nair, Barbara Bonney et Dawn Upshaw avec laquelle j’ai eu la chance de travailler il y a quelques années et qui m’a enseigné comment mettre douceur et lumière dans la voix.
 
Y a-t-il une école de chant américaine ?
 
Plus qu’un style, je pense que nous, américains, nous caractérisons par un certain niveau de préparation. Avant de chanter le moindre rôle, nous connaissons déjà toutes les notes, le sens de chaque mot. C’est ce professionnalisme qui nous distingue. Il n’est pas forcément inhérent à notre culture, il est plutôt dû à notre formation. Il y a plus de chanteurs dans les conservatoires américains que de rôles sur scène. Nous n’avons pas le choix ; nous sommes malgré nous en compétition et si nous voulons réussir, nous devons être au top, donner le meilleur de nous-mêmes, et donc être le mieux préparés possible. Personnellement, je préfère travailler en Europe. Je trouve que le niveau musical y est supérieur à celui des Etats-Unis, les salles plus petites. En Amérique, la dimension des théâtres demande des chanteurs avec des voix plus larges que la mienne.
 
Suivez-vous l’exemple de Joyce Di Donato jusqu’à avoir, comme elle, un blog ?
 
Non, je ne suis pas assez à l’aise avec l’informatique mais j’ai un site Web (NDLR : www.amandaforsythe.com) parce qu’aujourd’hui c’est un outil indispensable à une carrière lyrique, pour se faire connaître du public mais surtout pour travailler avec les agents et les maisons d’opéra. Plutôt qu’envoyer un CD, ce qui demande quelques jours, vous transmettez une simple adresse : le contact est immédiat, le temps gagné peut faire la différence.
 
Tous les espoirs vous semblent permis ; quel est le rôle de vos rêves ?
 
Susanna dans Le nozze di Figaro
 
 
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Christophe Rizoud
Pesaro, 21 août 2008.
 

 

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